vendredi 31 octobre 2008

LA TOUR CECID 4 CHAPITRE 2 JOYEUX NOEL

LA TOUR CECID

CHAPITRE 2
JOYEUX NOEL

Deux petits garçons dévoraient des yeux le distributeur de soda de la boulangerie du Boulevard Chanzy. André pris le plus petit par la main et lui demanda de choisir une pâtisserie dans la vitrine. Il préféra la cannette de soda. Le grand frère réclama aussi son soda. Le père à coté remercia chaleureusement André :
n Ce n’est rien, c’est Noël !
C’était le troisième Noël qu’il passait sans ses enfants. Depuis ce jour d’avril 2004 où sa femme péta littéralement les plombs. Il avait refusé de garder Gaby à la maison et l’instant d’après des bibelots et de la vaisselle volaient à travers la salle à manger. Et dans la soirée après avoir retiré Emma de la crèche et les deux autres de leur école, elle était à Ducos en Martinique auprès de l’auteur du mal qui la rongeait depuis des années. Il ne les revit que trois semaines plus tard…
André décida d’oublier. C’était Noël. Il rentra chez lui, dans ce minable meublé qu’il occupait depuis septembre 2005. Il eût honte de penser cela, car le propriétaire avait été si compréhensif envers lui, si gentil. Il était arrivé là, la veille de la mort de son frère Pierre* et se souvint qu’il aurait sombré dans le désespoir, s’il avait appris cette nouvelle dans la solitude de Bonfils. Il regretta encore cette mauvaise pensée et se mit sur son trente et un.
Dans la rue sombre, il jeta un coup d’œil autour et vérifia les roues-avant de la voiture de location. Depuis le 31 mai 2006, il vérifiait toujours attentivement les roues des voitures qu’il louait. Car il savait qu’ils n’avaient pas hésité à tenter de le tuer en faisant desserrer les roues de sa voiture. DIEU l’avait protégé ce jour là. IL démarra à la recherche d’un lieu où s’étourdir, où oublier.
Il prit la direction du Gosier et traversa au ralenti le Carénage étrangement désert ce soir de réveillon. Sans doute elles aussi réveillonnaient. Celles qui restaient, n’avaient sans doute pas trouvé preneurs. L’une d’elles lui proposa ses services. Il la remercia poliment et s’éloigna vers Grand Bay. André avait un grand respect pour ces filles dont il reconnaissait l’utilité sociale. Il aimait parodier Brassens à leur propos. Ne leur jeter pas la pierre, racontait-il, car elles pourraient se baisser pour l’éviter. Alors c’est lui qui, derrière elles en train de négocier leurs services la recevrait en pleine poire. Sa belle-sœur l’avait accusé de l’avoir traité de putain. Il s’était défendu en protestant qu’il n’avait jamais traité une femme de putain et que sa belle-sœur ne pouvait être une putain, car jamais il n’avait vu une putain frapper sa mère pour l’obliger à garder ses enfants pour aller tromper son mari. Comme c’était le cas de sa belle-sœur. Vu le désert sentimental dans lequel son cœur se desséchait, il pourrait avoir besoin de leurs soins. Il avait décidé de n’entreprendre aucune liaison sentimentale tant que son divorce ne serait pas prononcé et que certains problèmes ne soient résolus. Et puis il était si difficile dans le choix de ses femmes. Déjà qu’il s’était trompé deux fois. De toutes façons les femmes qui lui plaisaient étaient déjà prises. Et puis les rares qui n’étaient pas prises, s’interrogeaient sur lui. S’il ne disait rien, elles le soupçonnaient des pires turpitudes. S’il parlait, elles s’enfuyaient à l’histoire d’un type à la vie si compliquée. Il se demanda s’il ne devait pas fréquenter une étrangère. La barrière de la langue lui éviterait d’avoir à se raconter. Lili, par exemple, la chinoise avec laquelle il avait dansé tout l’été à Paris. Il se souvint qu’on l’avait cambriolé et qu’on lui avait dérobé même sa photo, et son visage s’estompait dans son souvenir. Cela l’attrista encore plus. Il arrivait à Grand Bay.
El TYPICO ! Le bar restaurant était tenu par un Dominicain qu’il prit pour un Guadeloupéen. C’est curieux comme les hommes de Saint Domingue ressemblent aux Guadeloupéens. Les filles, elles, étaient plus typées. On lui proposa un repas de fête. Il accepta bien que n’ayant pas faim. Il avait pris l’habitude de ne pas dîner. Mais c’était Noël. L’une des filles l’entreprit ; il joua le jeu. Il offrit du champagne, il était Guadeloupéen que diable. Un ami indépendantiste lui avait reproché de ne pas l’être parce qu’il se disait Français. Il l’avait scandalisé par sa réponse : Comment ça, je ne suis pas Guadeloupéen ? Connais-tu quelqu’un qui boive plus de champagne que moi ?
Il réclama du zouk à la place de la musique latino-américaine que vociféraient les baffles et dansa, dansa… Il s’était découvert depuis sa séparation une passion pour la danse et pensa de nouveau à Lili. Ils pénétraient dans la discothèque avenue de Clichy à 22 heures et ne perdaient pas une minute. Vers les cinq heures du matin le portier les regardait partir, soulagé de pouvoir fermer.
Vers les trois heures du matin il décida de rentrer ; d’autres clients fans de salsa avaient pris possession de la petite piste de danse. Au moment de payer, il s’aperçut que le patron avait majoré le prix des 2 bouteilles de champagne de 20 €. Il allait protester mais c’était Noël n’est-ce pas ? Et puis c’était l’argent de la GMF…
Il vérifia les roues de sa voiture, rentra chez lui, s’endormit comme une masse. Demain matin, il n’irait pas ranger le pain.
http://andrecharles.blogspot.com/

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